lundi 7 décembre 2009

Dubstep

Récemment, étant désormais sans emploi, sans avenir, sans expérience, sans motivation ni agent de conservation, je n'ai rien de plus constructif à faire de mon temps que d'approfondir mes connaissances en matière d'insolite et de nourrir mon appétit toujours grandissant pour la musique dont personne ne veut. Ces branches du spectre musical que les élitistes rejettent du revers de la main avec comme seul prétexte leur étroitesse d'esprit. J'ai toujours eu un penchant pour cette musique mal-aimée, ces mélodies crasseuses qu'on retrouve en fouillant dans les poubelles des ruelles sombres situés derrière les foyers illuminés et joyeux de la classe moyenne qui tape du pied gaiement au son d'une jeune et jolie starlette opportuniste et éphémère qui entonne avec sa voix d'or les mêmes mots clés qui ont garantie le succès de plusieurs avant elle, mais dans un ordre syntaxique différent.

C'est mon cousin qui m'a en premier introduit à ce concept de musique à part, à l'ombre de la machine à succès qui alimente les ondes radiophoniques populaires, qui se terre dans son trou en espérant rien d'autre qu'un minimum de reconnaissance et une petite tribune pour exposer son talent et ses opinions quelques peu divergents face à l'industrie musicale dite « mainstream » . Je considère avoir parcouru un bon bout de chemin depuis mon initiation à la culture punk, culture dans laquelle mon gourou est toujours profondément ancré. J'ai eu la chance jusqu'à présent de côtoyer toutes sortes de gens tout aussi intéressants les uns des autres, provenant de tous les milieux, ayant tous eu des parcours musicaux différents parfois même complètement opposés et d'avoir un entourage aussi diversifié (dans la mesure ou la région des Laurentides me le permet, disons le... je n'ai pas encore flirté avec les sonorités de l'Inde ou encore du Japon, Saint-Anne-des-Lacs n'étant pas une ville très cosmopolite...on s'en doute bien) m'a permit d'élargir mes horizons, peut-être même trop au goût de certains. Des confins les plus lugubres du grind et du métal en passant par les arrières-cours animées des punks révoltés contre le système, en se faufilant dans la foule étouffante qui s'agite à chaque grincement électronique provenant des enceintes survoltées des shows d'électro, en patrouillant tranquillement, palette bien droite, à bord d'un hummer aux mags gigantesques et chromés payé avec l'argent de la vente de stupéfiant, en bombardant tout le voisinage de puissants sons de basse.

En dépit du fait que je possède un répertoire relativement étendu, rares sont ceux avec qui j'ai la chance de discuter musique et de faire part de mes nouvelles découvertes. Je crois avoir un don pour apprécier ce que toute le monde déteste. Or récemment, j'ai eu l'occasion à quelques reprises de faire part à quelques uns de mon nouvel amour pour un genre encore méconnu, mais qui ne tardera pas à gagner de plus en plus la culture populaire. Et oui, je vais profiter de cette merveilleuse tribune qu'est le cyber-espace pour vous casser les oreilles avec des sonorités plus agressantes que jamais. C'était à vos riques... À vous de ne pas lire jusque là.

Je me suis amouraché il y a quelques mois d'une sous-catégorie de la musique électronique. Vite lassé du techno et de son côté grand public plutôt agaçant, moi et mes pairs, du temps que j'étais encore étudiant et loin de toute la pression qu'implique le début d'une carrière, nous étions tournés vers un style musical qu'avait dépoussiéré (enfin... rendu commercial) entre-autre les réputés Daft Punk, duo de DJ masqués aux allures rétro-futuristiques qui ont amenés une nouvelle structure au techno traditionnel et son canevas toujours pareil et ses sonorités recyclées. Je ne saurais mieux d'écrire la scène électro en général aussi bien qu'un DJ dont le nom m'échappe qui écrivait sur sa page myspace quelque chose qui ressemblait un peu à « Bonjour, mon nom est [untel] et je prend des sons harassants de la vie quotidienne et j'en fais de la musique ». Je n'ai pu m'empêcher de sourire devant un portrait aussi simple que vrai d'un style musical qui consiste à mixer les sons électroniques les plus tordus et distortionnés pour ensuite les agencer avec un quelconque soucis de l'harmonie. Le résultat n'en est pas moins agréable pour les tympans inexpérimentés. Bien entendu, mon background musical impliquant une longue période à me défoncer l'ouïe à grands coups de blast beats frénétiques, de rugissements gutturaux et de riffs abrasifs, la période d'adaptation quant à l'aspect dissonant de la musique électronique fut un temps soit peu écourtée.



Ça doit faire un an que je suis à l'affût des bruits de distorsion ou des grinçants bips 8-bit que me balancent au visage des artistes tels que Boys Noize, Huoratron ou The Toxic Avenger. Seulement, en dépit de leur grande créativité, les samples qu'ils utilisent commencent à se ressembler et tout tourne en rond. C'est pourquoi le destin a mit sur mon chemin un dérivé, une sous-catégorie de ce genre musical que j'affectionne tout particulièrement. Mais je sens déjà la question germer dans vos esprits et un rictus craintif déformer votre doux visage chaste et pur, exfolié à la crème de Céline Dion et aux extraits des Classels; mais diantre! Qu'est-ce qui peut bien être plus pénible et insupportable que de vieilles consoles Nintendo qu'on aurait jeté dans une baignoire remplie d'eau avec quelques rasoirs branchés et une tondeuse à gazon?

...et bien la même chose... Mais sur l'acide!




C'est ainsi qu'entre en scène le « dubstep », complètement désorienté après avoir consommé tout ce qu'il aurait pu dénicher dans votre pharmacie et sous l'évier de la cuisine, souillé, légèrement radio-actif, fréquemment employé comme cobaye par des visiteurs interstellaires, maintes fois pourchassé par des extrémistes pro-écologie, le pas titubant il vous prend d'assaut avec une basse extra-dimensionnelle, il avance d'un rythme lent, balançant d'avant en arrière ses membres décharnés tel un zombie auquel on ne peut échapper. Vous êtes dans un cul-de-sac, laissez vous submerger de cet aura pestilentiel, laissez vous découper en rondelles par les ondes incisives et les sons graves et oscillants de cette sous-catégorie sombre et inquiétante de l'électro.

Le dubstep se caractérise pas un tempo très lent, une mélodie un peu effrayante et de violents raids soniques que les pseudo-connaisseurs ont baptisé « wobble ». Ledit « wobble » est en fait un onomatopée pour désigner les oscillations qui font vibrer la basse enragée qui nous fait grincer des dents à chaque écoute. C'est le « WA – WA -WA -WAAAAAA- WAAA- WAAA- WAAAAA », en d'autres termes. Les artisans du dubstep et leurs fans (qui sont beaucoup plus nombreux qu'on pourrait le penser) prennent plaisir à qualifier ce type de musique de « sale », de « crasseuse », de « dégueulasse ». Une de leur principale activité est de comparer leurs hits préférés à quelque chose de vraiment dégoûtant, du style : « Cette chanson est plus sale que de lécher le pourtour d'un bol de toilette public », ou encore « Cette chanson est plus dégueulasse qu'un grand-père qui en sodomise un autre », activité qui peut se révéler plutôt cocasse si on a pas trop le coeur sensible. Mais celui qui m'a définitivement donné la nausée était celui-ci: « Cette toune est plus sale qu'un sandwich au smegma ».

On retrouve le dubstep à toutes les sauces (donnez-y le sens que vous voulez), notamment dans le nouveau succès du rappeur Snoop Dogg qui nous offre gracieusement ce savoureux jeu de mot: « Snoop Dogg Millionaire ».



Ou encore dans des genres encore plus inattendus, mais au combien détestables, comme le fait si bien Enter Shikari:



Mais parfois, certains parviennent avec grand succès à marier des genres diamétralement opposés ce qui donne lieu à de petits bijoux de musique et un sérieux pied de nez au mainstream et son conformisme, comme c'est le cas avec le remix de Bring Me The Horizon par le génial Tek-One.



La scène dubstep est la riposte des anglais à la très vaste scène française d'électro. Mais encore une fois le style minimaliste et les normes très contraignantes du style ne laissent pas souvent place à la créativité et la formule s'épuise après quelques temps. Mais toutefois, laissons nous bercer par ces comptines venues de l'espace pour annihiler la race humaine et défoncer vos subwoofers.

1 commentaire:

Renart Léveillé a dit…

Je n'écoute pratiquement que ça depuis quelque temps.

Merci pour les découvertes.