mardi 24 novembre 2009

La mort des couleurs

Tout est tellement confu ces derniers temps que de donner une certaine structure à ce texte me demande un effort colossal. Mais pour éviter de sombrer dans l'anarchie et le chaos qui caractérise mon état d'esprit en ce moment, je vais tout de même tenter au meilleur de mes capacités de conserver une certaine cohérence dans mes propos.

Eh bien mes amis, la longue agonie de la période des couleurs tire à sa fin, curieusement son dernier souffle coïncide avec la bise hivernale qui balaie la végétation à présent ternie, dépourvue de son feuillage aux tons orangés comme on peut observer au courant de cette autre période des couleurs, celle qu'on appelle plus communément: automne. Car non, je ne parle pas ici d'une saison, mais bien d'une époque sur le point d'être révolue, j'appréhende son terme depuis le début même de cette ère symbolique. Les plus optimistes se disent qu'il s'agit d'un cycle et que cette période refera surface dans une vingtaine d'année. Mais deux décennies peuvent paraître une éternité si entre-temps tout est d'un ennuie mortel.

Il y a de cela environ vingt ans, justement (tiens donc, quelle coïncidence), un jeune couple joyeux avait donné naissance à un enfant. Ce dernier découvrait la vie en pataugeant dans la mer aux reflets turquoise dans son maillot aux multiples couleurs éclatantes, regardait le monde à travers des lunettes fumées teintées à monture fluorescente en soufflant des bulles iridescentes pour constater que tout autour était baigné de la lumière révélatrice du soleil qui exposait à ses jeunes yeux impressionnables toute la palette du cercle chromatique. Même au son et à la musique s'associaient des tons arc-en-ciels. Mais un jour, au début des années 90, tout a basculé. La naissance d'un autre enfant au sein de la famille est venu semer la discorde dans le foyer qui fut jadis si harmonieux. Par le simple fait d'ouvrir la bouche pour s'exprimer, le nouveau-né semblait drainer toutes les couleurs autour de lui pour n'exhaler qu'un paysage dévasté par la misère et les intempéries, érodé par les averses lacrymales qu'il provoquait dans sa souffrance. Sa seule présence éclipsait dans la demeure du petit bonhomme et ses parents toute trace du soleil plombant qui égayait jadis le domicile. Le jeune garçon constatait avec impuissance que toute les couleurs auparavant si vivantes fuyaient à grosses gouttes telles des coulisses de peintures du visage de plus en plus terne et ravagé de ses géniteurs.

Aujourd'hui ils sont tellement à sec que leur tignasse commence à grisonner et leur peau se ratatine. C'est après une courte trêve où je réalisais mon indépendance et où tout semblait bien se passer pour une fois en vingt années d'existence qu'ils tournent leurs yeux, le seul endroit de leur anatomie où scintille encore un peu de couleur, vers moi pour prendre le flambeau. Moi qui commençait à reprendre des couleurs, qui profitait du regain de popularité de la joie de vivre panchromatique pour s'habiller de circonstance et célébrer avec les autres.

Mais toute bonne chose a une fin, c'est à peine si elles ont un début. Je me vois donc dans l'obligation de revêtir mes haillons monochromatiques et de laisser déteindre sur moi les nuances de gris de la vie adulte et de ce que ça implique. À présent, tentez d'expliquer à un jeune homme qui n'a pas eu d'enfance qu'il faudrait bien qu'il délaisse tous ses joujoux colorés qui lui rappellent tellement une époque lointaine où tout allait pour le mieux qu'il faudrait lui aussi qu'il fasse son chemin en se trouvant un travail avilissant, qu'il fasse des enfants qui risque de lui vampiriser son énergie jusqu'à ce qu'il soit livide et qu'il termine ses jours dans un hospice immaculée de blanc où les dernières gouttes de couleur finiront dans sa couche.

La mort des couleurs n'est pas seulement synonyme de la fin d'une mode. Elle souligne également le commencement d'une longue et pénible accession à la maturité, soit ironiquement l'étape précédant la putréfaction.

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